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Après-thèse, Doctorat à Paris-Est

Entretiens avec des docteurs d’Université Paris-Est primés en 2012

Plusieurs docteurs de Paris-Est ont été primés en 2012 pour leur thèse. Entretiens avec ces jeunes chercheurs qui ont fait reconnaître leurs travaux en dehors de Paris-Est, et parfois même en dehors de leur domaine de recherche :

Camille Couprie, docteure en informatique

Camille Couprie a reçu trois prix pour récompenser sa thèse d’informatique soutenue en 2011 : le Prix de thèse 2012 de la fondation EADS, le deuxième prix de thèse Gilles Kahn 2012, décerné par une société savante, la SIF, Société Informatique de France, ainsi que le prix de thèse DGA 2013 remis par le ministre de la Défense. Après son doctorat préparé au LIGM dans l’école doctorale MSTIC, elle a mené des recherches à New York University. Depuis février 2013, elle est ingénieure de recherche en traitement du signal et des images à l’IFP Energies nouvelles. Nous l’avons rencontrée lors du Colloquium d’informatique UPMC – Sorbonne Universités du 25 juin 2013, où les lauréats du Prix Gilles-Kahn 2012 étaient invités à présenter leurs travaux.

Pouvez-vous faire un résumé grand-public de votre problématique de thèse en quelques lignes ?

Mon sujet de thèse s’intitule « Optimisation variationnelle discrète et applications en vision par ordinateur ».  En imagerie, médicale notamment, le besoin d’extraire automatiquement les contours des objets est très important. Pendant ma thèse, j’ai contribué à l’amélioration de ces méthodes de « segmentation » d’images en travaillant sur des définitions de critères mathématiques pour trouver des contours optimaux.

Pour cela, nous avons travaillé dans des graphes : typiquement, chaque pixel de l’image est relié à ses 4 voisins par des arêtes pondérées selon leur similarité de couleur. J’ai participé notamment à l’unification de différentes méthodes de segmentation avec la définition d’un nouveau critère d’optimalité, et l’apparition d’un nouvel algorithme de segmentation rapide aux propriétés intéressantes. Le logiciel a déjà été téléchargé plus de 2500 fois. Ce qui est pratique, c’est que la méthode d’optimisation mise au point fonctionne dans des graphes, et que l’on peut faire divers traitements d’images en plus de la segmentation : restauration d’image, reconstruction 3D à partir de paires d’images ou de nuages de points… Et potentiellement beaucoup plus encore.

Quelle compétence clé avez-vous acquise pendant votre thèse ? Par quels moyens, ou à quelle occasion ?

J’avais trois directeurs de thèse, donc travailler en équipe. Donner des cours en même temps que la thèse et faire des présentations aide aussi à mieux communiquer. Mener des recherches, c’est aussi apprendre à prioriser les tâches, car on ne peut pas tout faire. Rédiger des articles scientifiques est encore une autre compétence importante que j’ai commencé à acquérir pendant la thèse.

Pourquoi avez-vous fait de la recherche ?

J’ai eu durant mes études supérieures un aperçu du monde de la recherche à travers différents stages : l’un à la DGA, l’autre à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière.

J’y entrevu ce qui constituait le travail de chercheur : un perpétuel apprentissage, des projets divers, des problèmes intéressants et des challenges à résoudre, tout cela dans un domaine qui me plaît depuis longtemps : les mathématiques appliquées.

Quel est votre projet professionnel ? A-t-il évolué depuis le début de votre doctorat ?

Oui mon projet professionnel a beaucoup évolué depuis le début de mon doctorat. Pendant la thèse, je pensais devenir enseignante-chercheuse. En fin de compte, je suis ingénieur de recherche dans un organisme de recherche pour des applications industrielles, mon projet a en fait mûri en fonction des opportunités que j’ai rencontrées. Je ne connaissais pas l’existence de l’IFPEN avant de rencontrer un futur collègue l’année dernière lors d’une conférence.

L’IFPEN est un milieu apportant des problématiques de recherche bien définies et focalisées sur le développement de nouvelles solutions énergétiques. Je pense notamment à m’investir dans des projets ANR, par exemple orientés sur la création d’outils utiles à la réalisation de bio-carburants plus performants. J’espère avoir de nouveau l’opportunité de collaborer avec des membres du Labex Bézout, et mes anciens directeurs de thèse. Je serai heureuse d’encadrer à mon tour des doctorants, ce qui va déjà être le cas à la rentrée et j’aimerais passer à l’avenir mon habilitation à diriger des recherches.

Quelles formations doctorales recommanderiez-vous aux doctorants ? Pour quelles raisons ?

Je n’ai suivi qu’une seule formation doctorale, un cours d’expression orale pour améliorer ses capacités de présentation en public. C’était utile, de manière générale. J’ai pris conscience que savoir parler en public, c’était aussi gérer sa respiration. Je ne sais toujours pas bien le faire, ce n’est pas quelque chose qu’on acquiert en quelques heures par la formation, mais ça a l’air important.

Donnez un souvenir de thèse qui vous a marquée !

La première conférence à laquelle je présentais un poster. J’étais en fin de première année de thèse, et je venais présenter mon premier article à ma première conférence, qui s’avérait être une conférence de grande qualité à laquelle assistaient plus de 3000 personnes. Pour ajouter au dépaysement, c’était au Japon, à Kyoto. La présentation de mon poster était le premier jour mais j’ai découvert que pendant toute la conférence on rencontrait des gens, et comme j’avais eu l’idée d’imprimer mon poster en format A4, je leur présentais mon travail avec ce support, ce qui était plus facile. J’ai ainsi appris qu’il fallait capitaliser chaque moment lors de conférences pour aller à la rencontre des autres. C’est à cette conférence, en 2009, que j’ai rencontré la personne avec qui j’ai fait mon postdoc 2 ans plus tard !

Laurent Brochard, docteur en structures et matériaux

Laurent Brochard, pendant son postdoc au MIT - Photo Scott Brauer

Laurent Brochard, pendant son postdoc au MIT – Photo Scott Brauer

Laurent Brochard a reçu en 2012 le prix du Groupe Français de l’Etude des Carbones pour ses travaux de doctorat sur les sciences et technologies du carbone. Après un postdoctorat au MIT, il a été recruté comme chercheur par l’ENPC ParisTech.

Pouvez-vous faire un résumé grand-public de votre problématique de thèse en quelques lignes ?

Ma thèse a eu pour objet l’étude du gonflement du charbon lors des opérations de stockage géologique de carbone. Parmi les sites potentiels de stockage de CO2, les réservoirs de charbons inexploitables présentent certains avantages : stabilité à long terme et récupération assistée de gaz naturel. Cependant, les projets pilotes sont confrontés à une baisse significative du rythme d’injection en raison d’un comportement inhabituel de la roche : le charbon gonfle lorsque le CO2 remplace le gaz naturel, ce qui entraine la fermeture des fractures naturelles permettant au fluide de se propager dans le réservoir.

Mon travail de thèse a permis d’expliquer le gonflement du charbon, et, par là même, de proposer une nouvelle théorie mécanique pour les milieux nanoporeux qui commence à être appliquée avec succès à d’autres matériaux (silices). Sur le plan applicatif, la plus-value immédiate est de disposer d’une approche rigoureuse pour la caractérisation et la modélisation du charbon sous injection de CO2, et, in fine, fournir une meilleure anticipation des pertes de productivité sur les sites d’injection.

Quelle compétence clé avez-vous acquise pendant votre thèse ? Par quels moyens, ou à quelle occasion ?

Au-delà des connaissances acquises, ma thèse m’a permis de développer ma capacité à identifier et mettre en évidence les points clés d’un problème. Concrètement, j’ai identifié par simulation moléculaire que le gonflement du charbon tient pour l’essentiel au désordre de la structure nanométrique de la roche qui présente de nombreuses tailles de pores différentes. Cela peut être mis en évidence de façon flagrante en étudiant des modèles simplistes (unidimensionnel dans mon cas) n’ayant pas grand-chose à voir avec du charbon au premier abord. Savoir ramener un problème à sa « substantifique moelle » est une qualité essentielle dans la vie professionnelle en générale et pas spécifiquement en recherche.

Pourquoi avez-vous fait de la recherche ?

J’ai entrepris la thèse en raison du défi personnel que cela représente : se hisser aux limites de la connaissance actuelle et écrire une nouvelle page. Quand on a la chance d’avoir reçu une éducation de haut niveau, c’est l’occasion de transformer l’essai. Derrière le progrès scientifique se cache in fine le progrès sociétal, même si le délai entre recherche et application est souvent long et difficilement prévisible. Faire de la recherche n’est pas facile : il faut beaucoup de persévérance et d’humilité. En contrepartie, chaque jour est fait de nouveautés.

Quel était votre projet professionnel ? A-t-il évolué depuis le début de votre doctorat ?

J’avais pour projet de faire de travailler dans le domaine académique, ce que je fais aujourd’hui.

Donnez un souvenir de thèse qui vous a marqué !

Le jour de la soutenance. Après trois ans de travail parfois solitaire, le candidat reçoit la reconnaissance de ses pairs. C’est un moment fort pour tous les docteurs.

Raluca Mocan, docteure en philosophie

Raluca Mocan est lauréate d’un Prix de l’Université du Conseil Général du Val-de-Marne 2012-2013. Elle a soutenu en 2011 sa thèse intitulée Phantasia et conscience d’image chez Husserl. La théorie phénoménologique de l’imagination à l’épreuve de l’expérience théâtrale, et enseigne la philosophie à l’UPEC.

Pouvez-vous faire un résumé grand-public de votre problématique de thèse en quelques lignes ?

L’évolution de la conception husserlienne de l’imagination ouvre la voie à une phénoménologie du monde de la fiction artistique. Ma thèse reconstitue la généalogie de la quasi-expérience de phantasia chez Edmund Husserl (1859-1938) et propose un traitement phénoménologique de l’intrication entre les deux plans, imaginaire et réel, fictif et effectif. Résultat de la mise en cohérence d’événements vraisemblables, le jeu théâtral a la force d’ouvrir aux acteurs et aux spectateurs les horizons imaginaires d’autres mondes, dont ils déploient les possibilités de sens.

Quelle compétence clé avez-vous acquise pendant votre thèse ? Par quels moyens, ou à quelle occasion ?

L’étude exégétique m’a permis de me défaire des préjugés interprétatifs et d’acquérir une technique précise de lecture du corpus philosophique.

Pourquoi avez-vous fait de la recherche ?

La richesse réflexive du parcours de chercheur a attiré ma curiosité depuis le début de mes études universitaires. J’avais le projet d’étudier l’intentionnalité imaginative chez Husserl. Je me suis formée en histoire de la philosophie en travaillant sous la direction de M. Bernard Besnier sur Aristote, puis sur les transformations des la phantasia à l’époque hellénistique. La thèse soutenue en 2011 est l’aboutissement de mon projet initial.

Quel est votre projet professionnel ?

Les expériences d’allocataire-monitrice, d’ATER et de chargée de cours en philosophie m’ont conduit à élaborer un projet professionnel d’enseignant-chercheur.

Sébastien Cartier, docteur en mathématiques

Sébastien Cartier a reçu le deuxième Prix de l’Université du Conseil Général du Val de Marne 2011-2012, avec sa thèse sur les surfaces des espaces homogènes de dimensions 3.

Pouvez-vous faire un résumé grand-public de votre problématique de thèse en quelques lignes ?

J’étudie un certain type de surfaces – dites minimales ou à courbure moyenne constante – dans des espaces avec des géométries particulières. L’idée intuitive de ces surfaces sont les films de savon : plongez une forme en fil de fer dans une eau savonneuse et le film de savon qui se forme en le retirant est une surface minimale. Les surfaces de courbure moyenne constante sont quant à elles des bulles de savon.

Il s’avère que l’on peut définir ces types de surfaces dans des espaces qui ne sont pas l’espace « plat » usuel, mais qui sont « courbés ». Les questions sur les propriétés de ces surfaces sont nombreuses, par exemple : quelles formes ont les films de savon dans ces espaces ? les bulles des savon sont-elles toujours sphériques ?

En ce qui me concerne j’ai notamment étudié la « souplesse » de ces surfaces : peut-on les déformer et quelles sont les contraintes à satisfaire ?

Quelle compétence clé avez-vous acquise pendant votre thèse ? Par quels moyens, ou à quelle occasion ?

Je pense ce que m’a apporté ma thèse, outre une certaine technicité et une connaissance propres à mon domaine de recherche, est une capacité d’analyse et de réaction devant un problème nouveau, à force d’être en permanence confronté à des phénomènes/problématiques que je ne maîtrisais pas.

Pourquoi avez-vous fait de la recherche ?

C’est une envie qui remonte à loin. Je crois que j’ai toujours eu le souhait de découvrir quelque chose de nouveau.

Quel est votre projet professionnel ? A-t-il évolué depuis le début de votre doctorat ?

Dans mon domaine, les débouchés sont quasi exclusivement académiques et c’est ce que j’ai toujours eu comme objectif.

Quelles formations doctorales recommanderiez-vous aux doctorants ? Pour quelles raisons ?

Deux formations que j’avais suivies me paraissent très utiles. Je m’étais inscrit à des cours d’anglais pour doctorants qui m’avaient donné de l’aisance que ce soit pour la rédaction d’articles ou plus généralement pour évoluer dans les colloques et conférences. La seconde formation est « Le Nouveau Chapitre de la Thèse » avec l’Association Bernard Gregory. Cela m’a permis non seulement de prendre du recul sur mon travail de thèse, mais également de considérer une thèse comme un projet professionnel à part entière.

Jennifer Poirret, docteure en droit privé

Jennifer Poirret a reçu en 2012 un des Prix de la Chancellerie des Universités de Paris, le prix de thèse André Isoré en droit privé, pour son doctorat sur La représentation légale du mineur sous autorité parentale. Elle a ensuite intégré l’école du barreau tout en continuant à enseigner, et a passé les examens du CAPA, le Certificat d’Aptitude à la Profession d’Avocat, dont elle attend les résultats.

Pouvez-vous faire un résumé grand-public de votre problématique de thèse en quelques lignes ?

Ma thèse porte sur la représentation légale du mineur sous autorité parentale.

Mes travaux de recherche ont porté sur l’étude des pouvoirs détenus sur leur enfant par les parents, titulaires de l’autorité parentale, et plus précisément sur le pouvoir d’accomplir un acte juridique pour le compte du mineur qui, lui, en est juridiquement empêché.

Comment concilier cette prérogative autoritaire naturellement dévolue aux parents, participant de leur mission éducative et protectrice, leur permettant d’imposer un acte à l’enfant, avec la reconnaissance contemporaine des droits propres de ce dernier, notamment le droit au respect de son corps et le droit d’expression.

L’étude repose sur la recherche d’un équilibre entre respect de l’autorité, socle éducatif et social, et respect des droits de l’enfant, équilibre assuré par la prise en compte de la parole de l’enfant et le contrôle exercé sur les parents.

Pourquoi avez-vous fait de la recherche ?

Faire de la recherche était naturel car la question « pourquoi » est une question récurrente chez moi (je ne pense pas avoir finalement quitté l’âge de 3 ans auquel l’enfant interroge sans cesse ses parents…). Avant d’intégrer une information, j’ai toujours eu besoin de vérifier son existence et de comprendre son origine. Je suis curieuse et j’ai toujours besoin d’apprendre et surtout de comprendre. La recherche signifie pour moi comprendre, mais avec une finalité : pouvoir faire évoluer une situation.

Quel est votre projet professionnel ? A-t-il évolué depuis le début de votre doctorat ?

Depuis le doctorat, mon projet professionnel a évolué car je n’ai pas obtenu de poste de maître de conférences et je dois évidemment penser à une reconversion.

Cependant, indépendamment de cet aspect, pendant mes années de thèse, est né en moi le besoin d’aller partager mes connaissances et surtout de les utiliser concrètement. Je ressentais une certaine frustration à être dans « ma bulle », un peu trop protégée même.

C’est pourquoi, je souhaite devenir avocat et me spécialiser dans le droit des mineurs car c’est vraiment un domaine qui me tient à cœur.

Cependant, je pense qu’il y a une réelle complémentarité entre la recherche et le métier d’avocat. Chercheur et avocat se nourrissent l’un l’autre. C’est pourquoi, je souhaite continuer à écrire. L’avocat doit de toute façon constamment actualiser ses connaissances et compétences.

Enfin, j’aimerais continuer à enseigner car le contact avec les étudiants a toujours été une immense source d’énergie et savoir sans partager n’a, selon moi, aucun intérêt.

Quelle compétence clé avez-vous acquise pendant votre thèse ? Par quels moyens, ou à quelle occasion ?

J’ai acquis la capacité d’aller trouver une information rapidement et de pouvoir en apprécier rapidement la portée et l’intérêt. J’ai également développé ma capacité de synthèse.

Sur un plan plus humain, ce n’est pas une compétence, mais je crois utile de le dire, j’ai appris à ne pas renoncer malgré les difficultés, à être tenace pour ne rien regretter ultérieurement. Tout le monde le dit, la thèse est aussi un défi humain et on apprend sur soi également.

Quelles formations doctorales recommanderiez-vous aux doctorants ? Pour quelles raisons ?

Je pense qu’il est indispensable de suivre des cours d’anglais, indispensable sur le marché du travail comme dans la recherche. Faire un bilan de compétences me semble également nécessaire.

Donnez un souvenir de thèse qui vous a marquée !

Mon souvenir de thèse le plus marquant est celui de la soutenance car c’est le jour où enfin le scepticisme des proches, même bienveillants pourtant, est tombé face à la reconnaissance de mon travail par le jury. Les années de bibliothèque, empreintes de satisfactions, mais également de grande souffrance, se sont envolées.

Louis-Gaëtan Giraudet, docteur en économie

Louis-Gaëtan Giraudet a reçu en 2012 le Prix Paul Caseau de l’Académie des technologies et EDF dans le domaine du développement des usages de l’électricité et de l’efficacité énergétique, pour sa thèse soutenue en 2011 et intitulée Les instruments économiques de maîtrise de l’énergie : une évaluation multidimensionnelle. Après une année de recherches post-doctorales à l’Université de Stanford, il a été recruté comme chercheur à l’École des Ponts ParisTech en 2012.

Pouvez-vous faire un résumé grand-public de votre problématique de thèse en quelques lignes ?

J’étudie les politiques de rénovation énergétique des bâtiments, en posant les questions de leur justification et de leur efficacité économique. Mes recherches partent du paradoxe suivant : pourquoi peu de gens effectuent des travaux de rénovation énergétique, alors que ces travaux sont supposés être économiquement rentables ? Les explications possibles à ce paradoxe sont très nombreuses, mais peu ont pu être établies de façon systématique. L’objectif de mes recherches est d’identifier des causes systématiques de ce paradoxe et d’évaluer l’efficacité des politiques publiques destinées à les réduire.

Par exemple, j’examine actuellement les problèmes d’asymétries d’information entre propriétaire investisseur et installateur d’isolation. Une des causes de la réticence des propriétaires à investir dans l’isolation est leur manque de confiance dans la qualité de réalisation des travaux, qui est en partie inobservable. Je développe un modèle microéconomique visant à quantifier le problème et évaluer dans quelle mesure il peut être résolu par des politiques telles que la certification des installateurs ou les contrats de performance énergétique.

Quelle compétence clé avez-vous acquise pendant votre thèse ? Par quels moyens, ou à quelle occasion ?

La compétence la plus tangible acquise au cours de ma thèse est technique : j’ai appris à concevoir un modèle numérique et le coder en langage informatique. De façon plus générale, j’ai acquis des compétences méthodologiques en apprenant à élaborer une démarche scientifique et à la mener à bien. Dans cette optique, le travail de conception, écriture et révision d’un article scientifique est très formateur. Enfin, même si les connaissances théoriques sont supposées être acquises lorsque le travail de recherche commence, la réalité est plus proche d’un aller-retour entre théorie et pratique, qui se renforcent mutuellement au cours de la thèse.

Pourquoi avez-vous fait de la recherche ?

Mon souhait de faire une thèse est apparu très tôt dans mes études. Il correspondait à mon goût pour la science et l’exercice intellectuel. Je souhaitais consacrer une période dans ma vie à exploiter les connaissances acquises au cours de ma scolarité pour aller « au fond » d’un sujet. Les préoccupations de carrière n’étaient pas centrales : à l’époque, je ne m’étais même pas posé la question de poursuivre dans une voie académique et je me disais que de toute façon, avoir un doctorat m’aiderait sur le marché de l’emploi.

Quel est votre projet professionnel ? A-t-il évolué depuis le début de votre doctorat ?

Mon projet professionnel, initialement très ouvert, s’est affirmé au cours de ma thèse. Mon goût pour la recherche s’est confirmé et j’ai eu la chance d’obtenir un poste de chercheur à l’Ecole des Ponts ParisTech à l’issue de ma thèse. Ce métier me procure aujourd’hui une grande satisfaction. Il est exigeant : travailler sur le temps long offre un certain confort, mais demande un important effort d’organisation. Malgré ces difficultés, le fait de contribuer à la connaissance sur des enjeux de société contemporains est très gratifiant.

Quelles formations doctorales recommanderiez-vous aux doctorants ? Pour quelles raisons ?

Je conseille aux doctorants qui ont des lacunes de suivre des formations d’anglais, et à ceux qui sont timides de suivre des formations au « networking » scientifique ! Plus généralement, les qualités de communication sont fondamentales dans la recherche. Mais elles sont rarement innées, alors toute formation permettant de les améliorer est bonne à prendre !

Donnez un souvenir de thèse qui vous a marqué !

Je n’ai pas été marqué par un événement particulier, mais plutôt par le cheminement général de la thèse. La première année fut difficile. Se trouver face à un large éventail de pistes à explorer, avec encore peu de discernement pour sélectionner les plus fructueuses, est déroutant. Il faut gérer la solitude, qui est inévitable : même si vous êtes bien épaulé par votre directeur de thèse, ce qui était mon cas, personne ne va écrire la thèse à votre place. Plus tard, on réalise que cette période s’est avérée féconde, mais il est difficile de s’en convaincre sur le coup !

La deuxième année fut la plus productive. Les questions scientifiques avaient fini par s’éclaircir, mais le terme de la thèse était encore loin. J’ai donc pu travailler sereinement et avancer à grand pas. Enfin, la troisième année fut la plus chargée. Le sentiment d’urgence s’accroît à mesure que le terme de la thèse approche. L’heure est au fignolage, qui apporte des améliorations de plus en plus marginales, mais auxquelles le chercheur, par nature perfectionniste, a du mal à renoncer… Il faut être capable de considérer, à un moment donné, le travail achevé. L’aide du directeur de thèse, ainsi que des autres chercheurs et camarades thésards, est particulièrement précieuse dans cette prise de conscience.

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